Ce mot me rappelle cette aventure plutôt étrange avec moi-même. C'était un samedi soir. Je sortais d'un restaurant d'où je m'étais fait lamentablement jeté pour des raisons que je ne dévoilerais pas ici.
L'air à la fois frais d'un début de soirée, mais aussi doux et rassurant, comme en été, me plongeait d'autant plus dans l'état comateux dans lequel je me trouvai. Je me laissais guider par mes pas, flânant dans les rues de ce beau Paris. Sans trop savoir où aller, sans trop savoir où même j'étais. Les gens autour de moi paraissaient déterminés, ils marchaient vite à mon goût, trop vite. Je me demandais ce qu'il y avait de si pressant dans leur vie pour qu'ils ne puissent pas profiter de cette brise douce et clairvoyante. J'avançais donc, toujours de manière aussi passive. Puis, je vis, assise sur le trottoir sale, entourée de duvets sales et emmitouflée dans une polaire trouée, une jeune fille. Sa position me frappa. C'était une penseuse, comme celle de Rodin. Je m'approchai d'elle, curieux. Je ne sais pas si ce sont les aboiements agressifs de son chien, ou bien ma prise de conscience foudroyante face à cette misère, mais je sais qu'à la vue plus intime de son "chez elle", une vague de colère m'envahit, saccageant en moi toute forme de contrôle.
Elle dû me prendre pour un fou, ou bien pour un psychopathe quand j'ai commencé à emballer toutes ses affaires. Elle me hurlait d'arrêter, et sans que je puisse répondre quoi que ce soit à ses plaintes, je continuai mon empaquetage, qui prit d'ailleurs rapidement fin. Son chien menaçait de me mordre, il avait d'ailleurs commencé à me tirer par le pull que j'avais aussitôt lâché.
-Qu'est-ce que vous faîtes ? Ne touchez pas à mes affaires !
Continuait-elle de me hurler. Je pris alors le temps de lui faire face. Et je lu dans ses yeux de la panique. Elle n'avait pas compris. Elle avait mal compris. Son visage poupin m'attendrit. Elle était très jeune, sûrement pas plus de 25 ans. Et déjà à la rue. Ses vêtements camouflaient sa silhouette. A quoi ressemblait-elle dans toute sa féminité ? C'était à présent un mystère que je me devait d'éclaircir. Ses petites lèvres boursouflées par la rondeur, me demandaient de venir les étreindre. Demande que j'aurais accompli si la pudeur de la situation ne m'avait pas rappelée à l'ordre. Ses grands yeux bleus me priaient de partir mais à cet instant, je n'avais qu'une envie, l'emmener avec moi. J'eus la sagesse d'esprit de lui faire part de mes projets, qui l'impliquaient tout de même un peu.
-Je peux vous loger une nuit si vous voulez. Vous pourrez prendre une douche, et je vous ferais à dîner. Ca vous dît ? Ou vous préférez rester dehors ?
Ma question parut la surprendre. Elle scruta mes yeux, sans doute pour y déceler une quelconque part d'ironie. Je me forçai à rester impassible. Il ne fallait pas qu'elle croit que je me moquais d'elle. Car bien au contraire, j'étais très sérieux. Elle parut réfléchir, dans une moue infantile et innocente. Et dans cette situation, très inconfortable, je m'éveillai. Car malgré la saleté de ses cheveux, l'ingratitude dans laquelle elle vivait et à laquelle elle se devait de s'habituer, j'avais envie d'elle. J'espérai pleinement qu'elle dise oui. Si elle refusait, elle me laissait dans ma frustration. Et son corps invu me faisait terriblement envie. Il faut dire que je suis de ces hommes qui trouvent leur bonheur en chaque femme. Je suis de ces hommes qui les adorent et les adulent, et en cet instant, j'avais envie d'une femme comme elle. Son chien venait lécher affectueusement ses mains, elle réfléchissait toujours et sa réponse se faisait attendre. Je voulais tant qu'elle dise oui. Et mon souhait se réalisa, car d'une voix posée et fluette, elle déclara que oui, elle acceptait. Mon visage afficha alors un sourire quelque peu expressif, trahissant les idées qui me venaient après cette gentille attention. Je crois que c'est à ce moment là qu'elle comprit ce que j'attendais d'elle en retour. Peut être l'avait elle compris avant, mais ses doutes étaient à présent définitivement fondés.
Je l'aidai à emporter les quelques tas d'affaires qu'elle avait.
"Elle en profitera pour faire une bonne lessive." Me dis-je en reniflant les duvets dans lesquels elle avait dû dormir depuis quelques temps.
On arriva rapidement chez moi. Je lui désignai directement la salle de bain, la priant de se laver. Elle s'exécuta sans broncher. Peut être avait-elle conscience que j'étais le maître de la situation ? Je pris le temps de faire tourner une machine de son linge, et je commençai déjà à lui préparer un repas, lorsque je la vis sortir de la salle de bain, couverte par mon peignoir. Elle me parut vulnérable, et d'autant plus désirable. Je lui souris.
-Tu vas devoir attendre que tes vêtements sèchent, avant de pouvoir te rhabiller.
-Tu veux manger maintenant ?
Dis-je pour combler le silence gênant qui commençait à s'installer. Elle tourna la tête vers l'assiette que j'avais posée sur la table. Le peignoir lui découvrait une épaule. Une épaule luisante que j'aurais volontiers effleuré de mes lèvres. Ses cheveux encore mouillés y dégoulinaient, ondulant le long de son bras. Ce fut sa voix qui me sortit de mon indolence:
-Je vais d'abord me sécher les cheveux.
Elle s'en retourna donc à la salle de bain. Cette fille m'accablait de désir, je lui en aurait arraché son peignoir. Je m'assis sur une chaise, en l'attendant. Je ne voulais surtout pas aller la voir avant de l'avoir vu franchir la porte de la salle de bain et se diriger avec nonchalance jusqu'à moi. Mon souhait n'allait pas tarder à prendre vie. J'entendis le sèche-cheveux cesser de souffler. C'est alors qu'elle passa la porte, les cheveux secs, certes, mais aussi totalement dénudée. J'en fus très surpris. Sa silhouette ronde, mais peu épaisse affriolait mes caresses. Elle était dessinée par des courbes particulièrement arquées. Et pourtant, ses hanches saillantes se percevaient dans la longueur de ses jambes. Elle était petite, c'était adorable. Elle me sourit, d'un sourire que je ne lui connaissais pas. Son humilité s'était commué en un air malicieux et déluré. Tout ça promettait. Je me levai et avançai vers elle. Son regard, toujours noyé dans le mien, fulminant, suivait malignement mon cheminement jusqu'à elle. J'en trésaillis. Ce changement soudain de comportement ne la rendait que plus attrayante. Mes doigts agiles vinrent alors dérober quelques parcelles de chaires à ce corps androgyne.
Je m'approchai toujours plus d'elle, dilapidant la distance qui nous séparait. Plus j'avançai, plus elle s'amusait à reculer dans un roulement de hanches dévergondées. Elle fuyait ma passion dévorante pour les jeux de l'amour. Vint l'instant où son corps nu se pressa contre le mûr froid. Je vis sa peau réagir à ce contact. Je lui souris. Mon visage se pencha vers elle. J'étreignis nos deux corps. Elle se laissa aller à mes embrassements, soufflant sur mes lèvres. Un sourire coquin ornait les siennes. Je pressai toujours plus mon bassin contre le sien. A présent elle pouvait sentir mon excitation. Un petit rire éclatant s'échappa de ses lèvres. Peut être était est-ce de la gêne ? Peu m'importait. Son corps nu contre le mien ne faisait qu'amplifier mon ambition. Mes lèvres ne touchaient pas encore les siennes, mais nos respirations déjà haletantes se mêlaient avec fougue.
Dans ma passion et ma dévotion, je m'engageai à l'initier aux plaisirs de l'amour. Cette fille était belle comme le pêcher et le plaisir giclant en moi ne m'en convainquait que d'avantage.
Entre contrastes et extrêmes, caresses et soupirs, la danse des corps était en ces temps, pour moi, le plus humain des arts. L'étreinte intime que m'avait offerte cette jeune fille avait fait de mon corps, un pantin de délice. Et je m'étais délecté de cette seconde virtualité que possédait ma chair, avec la plus grande sincérité.
