Les couloirs vides, les mûrs blancs, Honsei s'avançait dans l'antre des lieux. Son dossier pesait lourd dans sa main appréhensive. Le bruit de ses talons résonnait, il arriva enfin devant le bureau. Il frappa avant d'entrer.
Son nom était enfin fiché, il était inscrit, il existait parmi les élèves. Sa tête se balança en arrière dans un mouvement de relaxation, il se traîna jusqu'à la sortie. Il avait hâte de rentrer chez lui, de profiter de ses derniers instants de solitude et de liberté. Parce que dans une semaine, il serait à nouveau jugé sur ses capacités à se socialiser. Parce qu'il fallait le dire, son charme et sa beauté particulière n'étaient pas encore le centre d'intérêt des filles, et sa réflexion poussée avait tendance à lui esquiver des amis. Les gens n'aiment pas à se sentir inférieur, ils méprisent donc. Il se passait inlassablement les doigts dans les cheveux, signe qu'il pensait. Il se demandait si un jour il trouverait l'amour. Parce que le romantisme l'attirait. Cette dimension sentimentale où tout n'était que douceur et saveur. Sa solitude ancrait toujours plus en lui ce désir de partage. Mais il ne se laissait pas envahir par la frustration, parce que comblé par la vie, il ne jurait que par la passion. Passionné de musique, traversé par l'harmonie et la beauté. Ses envies, ses désirs et ses peines étaient entièrement consacrées à son monde. Un monde en expansion, où la lenteur léchait le courage et la patience embaumait son coeur. Mais sa passion pour l'imaginaire ne l'empêchait pas de voir clair en la vie. Il n'en était pas moins désillusionné. Il ne croyait plus en la perfection humaine. Mais de son côté, il tentait de se construire son idéal, celui qui lui servirait de but.
Il couvrit sa tête de sa veste. La pluie commençait à tomber. De grosses gouttes martelaient malgré tout son visage. Il accéléra le pas. Seulement quelques rues le séparaient de son appartement. Il s'engouffra dans le couloir humide qui le menait à son studio. Ce studio que ses parents lui payaient encore. Il le méritait bien, il avait réussi à traverser deux dures années d'études en prépa. Il avait préparé durement son concours d'entrée dans cette école, aussi prestigieuse fut-elle et l'avait réussi. Il était enfin inscrit dans cette école d'ingénieur son, d'apprenti compositeur.
Il s'activait à découper ses tomates. La casserole frétillait, impatiente d'accueillir les mets. Il déposa les légumes dans le fond de l'objet. Il s'enflamma, il savourait le jus sucré des tomates, l'amertume des aubergines et la douceur des carottes.
La sonnette retentit, il s'essuya grossièrement les doigts sur un torchon et s'empressa d'aller ouvrir. La poignée lui parut rugueuse, sans volonté, il força dessus, légèrement agacé. La barrière entre l'intérieur et l'extérieur avait enfin disparu. Une jeune fille se tenait debout dans l'entrée. Elle avait l'air paniqué, ses cheveux en batailles prouvaient qu'elle était en plein effort. Le souffle court, elle déclara tout de même.
-Bonjour ... désolée de te déranger, j'aurais besoin d'aide pour monter ce meuble, j'habite au dernier étage. En effet, elle retenait une commode, avachie dessus.
-J'arrive.
Il se retourna, attrapa ses clés et sortit. Il était déstabilisé. Il sentait son regard sur lui. Il tenta d'engager la conversation pour effacer sa gêne.
-Tu viens d'emménager ?
-Oui, j'arrive du Japon. Mes parents arrivent demain, un déménageur devait venir m'aider, mais il s'est cassé une jambe. Je me retrouve toute seule. Sa réponse lui parut bien étrange.
-Et pourquoi tu n'as pas appelé quelqu'un d'autre ? Ou bien même tes parents ...Elle sembla réfléchir à cette perspective.
-J'avoue que je n'y avais pas pensé. Cette fille attisait sa curiosité.
- Bon, donc je t'aide ?Elle acquiesça. Il se plaça de l'autre côté du meuble.
-A trois on soulève. 1 ... 2 ... 3.C'était terriblement lourd. Il se demanda comment elle avait fait pour monter l'objet jusqu'à son étage. Il recula, sans trébucher. Ses mains lui faisaient mal, mais il se tenait, malgré tout, droit et masquait son effort.
-C'est là. Lui désigna t-elle de la tête. Il aurait voulu tout lâcher directement, mais il ne se sentait même pas la force d'entendre le bruit d'un tel objet s'effondrer au sol. Avec le peu d'énergie qui leur restait, ils déposèrent avec le plus de délicatesse possible, la commode au sol.
Epuisés, ils s'assirent sur les marches de l'étage.
-Merci ... beaucoup. Souffla t-elle.
-Comment t'as fait pour monter ce truc jusqu'au 3ème étage toute seule ? Elle lui sourit.
-J'ai demandé à un autre voisin. Mais il a pas voulu m'aider à le monter jusqu'en haut ...
-Tu en as d'autre comme ça ? Dit-il en désignant le meuble de son menton.
-Non, le déménageur a monté le plus gros, il ne restait que cette vielle commode. Sa réponse le rassura. Ils redescendirent. Ils s'arrêtèrent à son étage.
-T'as encore besoin d'aide ?
-Non, il ne reste plus grand chose. Mais merci ...Elle interrompit sa phrase. Il la regardait. Elle grimaçait. Son nez se plissait grossièrement.
-Ca sent le brûler ... Déclara t-elle. Il continua à l'observer puis dans un sursaut de prise de conscience, il se retourna brusquement, s'empressa d'ouvrir la porte de chez lui. La cuisine fumait. Il avait laissé le feu allumé, avec une casserole dessus. Il jura. Paniqué, il se dépêcha d'extraire la casserole de son comburant. Il entendit un léger éclat de rire. Transperçant, déstabilisant, il en lâcha l'objet qui vint s'écraser au sol. Il enchaînait les gaffes. Elle prit l'initiative de s'avancer dans l'appartement. De son air innocent, et de ses yeux poreux, elle se nourrissait de cette atmosphère de vécu. Parce qu'elle, ne connaissait rien de la vie, et sa dévotion envers elle lui valait dans sa candeur, une progression extrêmement rapide. Sa capacité à être mobile la sauvait. Elle apprenait beaucoup des autres, et se nourrissait sans arrêt du contact humain.
-Je crois que je vais te laisser.
Lui sourit-elle. Un peu dépassé par les événements, il la laissa s'en aller sans la retenir. Il nettoyait les dégâts de son inattention avec vivacité. Ce ne fut que lorsqu'elle claqua la porte qu'il réalisa qu'elle s'en était allée. Il se précipita alors vers la porte pour l'ouvrir. Elle entamait la 1è marche qui la mènerait chez elle.
-Attends ! Désolé, j'étais un peu dépassé ... J'ai pas eu le temps de te demander si t'avais besoin d'autre chose ... Questionna t-il avec politesse. Elle sembla réfléchir quelques instants, puis avec toute la sincérité du monde elle déclara:
-Je veux bien manger avec toi. Il fut surpris par cette réponse, peu habituelle, qui sonnait légèrement impolie mais qui au fond revêtissait les simples vertus d'une invitation. Il dût s'avouer qu'il s'attendait à entendre un "non, merci, c'est très gentil" ou bien quelque chose du genre. Il eût honte d'avoir cette réponse toute faite dans l'oreille. Mais l'opinion public a tendance à influencer, même les plus réfléchis. Ou bien simplement l'habitude. Mais elle l'avait secouée, bousculée, cette habitude.
-D'accord. Il s'écarta de sa porte, l'invitant à entrer chez lui pour cette fois-ci s'attabler avec lui.
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Enfin près, il sortit avec hâte de chez lui. Malgré qu'il n'eût pas envie de retourner en cours, l'excitation de la nouveauté montait en lui. Il savait que les années devant lui allaient se révéler difficiles et de longue haleine. Il se dirigeait à grands pas vers le bâtiment. Tout se passa ensuite très vite. Il monta en cours où on leur présenta leur emploi du temps. Il fut d'ailleurs très étonné d'y trouver des heures de sport.
Il ne connaissait personne, excepté sa voisine qui se trouvait d'ailleurs dans sa classe.
-Je savais pas qu'on avait sport dans ce genre d'école ! S'adressa t-elle à lui. Il lui sourit franchement. Il l'aimait bien cette fille, elle respirait la joie de vivre, et son petit rire éclatant lui donnait de frissons. Ils se dirigèrent ensemble vers la première salle de cours. Les disciplines inscrites sur son emploi du temps lui paraissaient toutes plus intéressantes les unes que les autres. D'histoire de l'art à exercice sonore, en passant par électronique et électroacoustique, tout ça lui semblait si passionnant. Ils s'étaient postés face à la salle de classe et attendaient que le prof' arrive. Altha interrompit ses réflexions et
son petit visage se tourna vers lui.
-Je peux t'embrasser ? Elle sursauta à s'entendre elle-même, sa main vint se plaquer brusquement contre sa bouche. Sa tête à lui s'était tournée vers elle avec impétuosité.
-Pardon ? Elle resta quelques instant, figée à le regarder d'un air ahuri. Puis elle déclara, toujours la main sur ses lèvres:
-Je voulais te demander l'heure. Il ne comprit pas tout de suite, elle répéta dégageant cette fois sa main. Il explosa soudainement de rire.
-Te moque pas ! Se lamentait-elle. Le rire montait dans tout son corps, déployant sa gorge et enflammant ses lèvres. La douceur de la joie le prenait avec ardeur, sans qu'il puisse s'en détacher.
-J'arrive pas à croire que t'aies fait un tel lapsus ! S'efforça t-il de prononcer à travers ce flot de rire.
-C'était pas un lapsus ! Je me suis juste trompée ! Se justifiait-elle, à présent honteuse. Elle ne connaissait d'ailleurs pas le mot "lapsus"
Ses yeux pleuraient tant l'eau coulait en lui. Il est amusant d'observer les mêmes symptômes lorsqu'on pleure de bonheur et lorsqu'on pleure de souffrance. Le sentiment serait-il le même ? Son berceau serait-il la seule différence ?
Le jeune homme ne s'arrêtait plus. Elle retenait elle aussi son rire, trop honteuse et fière pour rire de son erreur. Elle bafouilla :
-Mais arrête de rire, c'est pas drôle ...Il se calma et au bout de plusieurs minutes, après avoir soufflé, libérant son ventre de sa force abdominale, il dit:
-Tu veux vraiment l'heure ?Et il repartit dans un étouffement de rire
-Oui je veux l'heure ! Alors ? Il est quelle heure ? Sa voix tremblotait tant l'envie de s'esclaffer la prenait, elle ne se retint pas plus longtemps et elle fondit à son tour dans l'égaiement.
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Les jours passaient, le travaille pleuvait. La difficulté ne le décourageait pas, bien que les résultats ne soient pas à la hauteur du travail fourni. Il ne s'en inquiétait pas, de toute façon, il faisait ce qu'il aimait. Les moments les plus rudes, les plus dépassants, il les évacuait aux côtés d'Altha. Sa bonté et sa spontanéité le rassuraient, elle le couvait d'une joie de vivre aberrante. Il se demandait d'ailleurs où elle puisait cette fraîcheur. Par ailleurs, les cours de sports avaient quelque chose de très drôle dans leur déroulement. Il lui semblait qu'elle avait peur d'un contact physique.
-Laisse moi te toucher ... Je ne vais pas te manger ! S'écria Honsei.
-
Mais ! Ca me gêne.
-Il faut bien que je te touche quand même ! Tu es censée grimper sur moi, donc faut bien que je te retienne !
-Prends-moi par les épaules alors ! Mais pas par la taille ... ça me met mal à l'aise. Il roula des yeux. Cette fille le rendait fou.
-Si tu tombes, tu viendras pas te plaindre ! Déclara t-il énervé. Il tendit ses jambes, elle prit appui sur ses pieds et décolla, il la tenait par les épaules mais la position était bien inconfortable. A plusieurs reprises il manqua de la laisser choir.
-Bon Ok ! Tiens moi par le bassin ...
-Ah ba voilà ! Tu deviens raisonnable.
-Oui bon ça va ...Il lui sourit.
-T'es grave. Elle ne répondit pas. Ses mains lui faisaient une étrangeté. Les points de contact avec ses doigts la brûlaient. Le rouge lui monta rapidement aux joues. Il aurait voulu mourir de rire face à cette situation ridicule. Elle s'élevait dans les airs, les paumettes rouges, le coeur battant, il le sentait sous son petit doigts. Elle était réellement gênée qu'il la touche. La figure dura 3 secondes, 3 longues secondes avant qu'il ne la repose le plus délicatement au sol. La fin du cours approcha, ils s'empressèrent d'aller se changer. Malgré la simplicité de la situation, elle s'était sentie mal. Jamais plus elle ne se mettrait avec lui dans ce cours.
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-Allo ?
-Tu fais quoi là ! Tu vas être en retard
-Je suis clouée au lit ... J'ai la grippe.
-Oh ! T'as de la fièvre ? S'inquiétait-il
-Oui, j'ai 39,7
-Bon, alors je vais te laisser te reposer, je te prends les cours.
-Oui, merci
-Bisous !Elle raccrocha et s'endormit aussitôt. Elle suait terriblement, grelottante et ballonnée, elle laissa sa tête pendre dans le vide.
Il sonna, personne ne répondit. Il pressa à nouveau la sonnette, il était agacé, peut être n'y avait-il personne ? Mais il entendit des pas, contradiction de sa théorie. La porte s'ouvrit sur une femme grande et svelte. Le visage fatigué mais on sentait une énergie débordante s'échapper de ses mouvements.
-Bonjour, je viens apporter les cours à votre fille. Il me semble qu'elle est malade ?Le visage doux de la femme s'étira en un sourire chaleureux. Elle l'invita à entrer.
-Je crois qu'elle dort, mais tu peux monter lui déposer les cours par exemple.
-D'accord, merci beaucoup. Il grimpa les étages. Il ne savait pas laquelle de ces portes menait à sa chambre, il en ouvrit une, il ne semblait pas s'être trompé. La pénombre l'empêchait de percevoir les détails de la pièce. Au bout de quelques instants, ses yeux s'habituèrent à l'obscurité, il discerna le lit, s'approcha lentement, prêtant attention à ne rien toucher. Sa maladresse le rattrapa tout de même, il s'écroula au sol dans un vacarme agressif. La jeune fille sursauta. Il se sentait bête pour le coup. Il l'avait réveillée.
-Je suis vraiment ... désolé. Son petit air endormi, elle laissa retomber lourdement sa tête sur l'oreiller. Il n'osait même plus se relever.
-Pas grave. Murmura t-elle d'une voix roque qui l'étonna elle-même. Il retint son rire. C'était très inhabituel comme ton pour une fille. Il pressa ses mains au sol et se releva avec la plus grande attention. Il s'approcha à pas de loup du lit, s'assit au bord. Il posa les cours sur sa table de nuit, laissant le réveil s'étaler au sol. Oh non, il n'était pas doué.
Elle grogna. Il s'approcha de son visage malade et y déposa un petit baiser. Elle était faible et tremblotante. Elle ne savait plus d'où provenait sa fièvre, de lui ou bien simplement du virus qui sévissait en elle.
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Il se retournait sur son oreiller, sa voix l'agaçait. Le sommeil le torturait, et il ne pouvait toujours pas dormir.
-Arrête ! Je suis fatigué, tais toi. S'emporta t-il
-Mais quel rabat-joie ! Tu m'invites à dormir, tu assumes !
-Nan mais allez, sois cool. Je suis mort là.
-Ba dors ! Mais ne m'empêche pas de chanter !
-Chante un truc bien alors ! Pas ... ça.
-Et c'est quoi ... "ça" ?
-Céline Dion ou je sais pas quoi !
-Mais c'est parce que c'est nul et facile à chanter que je veux chanter ça
-Mais ça m'empêche de dormir ! Chante moi un truc joli.
-Comme ?
-Tu connais Karma Police de Radiohead ?
-Ouai okIl ferma les yeux. Il se laissait aller à sa voix un peu trop pure, un peu trop naturelle. C'était informe, disgracieux, non, elle ne savait décidément pas chanter. Il se résigna à s'endormir, malgré le fait qu'elle se soit arrêtée de chanter. Il se tourna vers elle.
-Dis moi, je suis quoi pour toi ? Demanda t-elle soudainement. Les mains sur les cuisses, la tête en arrière, les yeux aux plafonds, elle semblait plongée en intense réflexion. La nuit promettait d'être longue en discussion.
-Hum ... une amie. Répondit-il avec douceur. Il la trouvait mignonne quand elle réfléchissait.
-Et c'est quoi pour toi une amie ? Il fallait avouer que la question était belle et pleine de réponse. Il tenta de s'approcher le plus de sa pensée:
-Quelqu'un sur qui tu peux compter, avec qui tu partages des choses, quelqu'un que tu apprécies. Tout ça quoi. Non, il n'y arrivait pas, les mots n'étaient pas là, ils ne le touchaient pas. C'était plat et parfaitement prévisible. Il se renfrogna, honteux de sa propre réponse.
-Donc je suis tout ça pour toi ?
-Au moins. Il préféra rester vague, de peur d'à nouveau s'exprimer avec inexactitude. Il était frustré par sa propre lacune, celle qui lui empêchait de décrire avec réalité ce qu'il pensait. Il avait l'impression de mentir. Son vocabulaire lui semblait pauvre et trop universel. Il aurait aimé posséder les mots, pour lui montrer et lui dire à quel point il tenait à elle, ce qu'elle représentait pour lui.
-Et c'est quoi pour toi la limite entre l'amour et l'amitié ? Voilà encore quelque chose qu'il ne saurait exprimer, la sensation lui appartenait, mais l'explication naissait bien au-delàs de son esprit. Et puis la question lui sembla soudain pleine de sous-entendus.
-Euh ... pourquoi ?
-Attends ! Je me nourris de tes réflexions là ...Il se dit que ses réflexions étaient bien trop arrêtées pour qu'il puisse les lui faire partager. Il tenta à nouveau de s'expliquer.
-Pour moi l'amour c'est quand l'attirance devient physique, quand le désir est trop présent. En fait, c'est presque l'amitié et toutes ses vertus avec en plus le désir physique de fusion. Cette réponse le mettait mal à l'aise, c'était ce qu'il pensait oui, mais la formule ne lui convenait pas. Il soupira.
-Et pour toi ? Questionna t-il, se débarrassant de sa gêne.
-Je crois que j'ai du mal à savoir, à faire la différence. Je te répondrais quand je saurai.
-Tu ne différencies pas l'amour de l'amitié ? S'étonna t-il.
-Je ne crois pas ...
-Tu veux dire qu'il n'existe qu'un seul sentiment d'attachement pour toi ? Essayait-il de comprendre.
-Ouai, c'est à peu près ça.
-Mais c'est lequel ?Elle laissa un blanc, toujours en intense réflexion. Elle hocha la tête et déclara
-L'amour. Cette réponse le rassura quelque peu, parce qu'il n'imaginait pas une vie sans amour, mais une vie sans amitié lui paraissait effaçable et insignifiante. On ne peut pas avoir plusieurs amours à la fois, tandis que l'amitié est plus accessible. Soudain il se demanda ce qu'il représentait pour elle, si ça n'était pas de l'amitié:
-Et je suis quoi pour toi ?
-Pour l'instant, rien. Mentit-elle
-Tu me rassures presque. Cette perspective d'une vie où il y a tout ou rien, lui faisait peur. Il devait lui apprendre à aimer d'amitié.
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Ses cheveux masquaient son éternel abandon, sa déchéance et sa douleur véhémente. Son visage parsemé de goutte de morosité se camouflait sous son épaisse chevelure. Il la regardait, sans trop savoir ce qu'il se passait. Ses épaules tremblèrent, il fronça les sourcils.
-Tu pleures ? S'inquiéta t-il. Il n'osait pas l'approcher. Les couloirs étaient vides, et la voix du brun résonnait fortement.
-Pourquoi tu pleures ? Continuait-il, il se pencha légèrement. Elle ne voulait pas découvrir son visage ravagé par le chagrin.
-Parce que je t'aime. Lâcha t-elle soudainement. Sa confession lui arracha la langue. Un poids prit possession du corps du jeune homme, il partageait son mal à présent. Parce qu'aimer ça ne se contrôle pas, et qu'il ne contrôlait pas son amitié comme il ne contrôlait l'attirance et le désir. Si il avait pu, il l'aurait consolé, rassuré, embrassé lui offrant de douces paroles et le bonheur d'être à deux. Mais sa lacune, sa frustration sentimentale le vidaient, il se sentait impuissant et horriblement mal. Il n'osait plus la toucher, de peur d'approfondir la plaie. Il avait conscience de sa douloureuse présence. Il savait à quel point il la torturait. Il glissa le long du mûr, incapable de faire autre chose. Il la laissait se libérer, il la laissait pleurer. Son ventre se tordait, il était parcouru, traversé par la souffrance de la frustration. Il portait le poids de leur déchirure.
Il se souvint malgré tout de leur discussion portant sur la différence amour/amitié, peut être avait elle juste appris à l'aimer d'un amour pur et platonique, peut être ne connaissait-elle pas encore l'amour pour faire la différence. Il se soulageait à cette pensée.
-Mais ... comment tu sais que tu m'aimes ? Questionna t-il malgré tout. Elle attendit de se calmer, de sécher ses larmes et d'amoindrir les ravages de l'amer tristesse, pour déclarer.
-Je me suis appuyée sur ce que tu m'as dit. Parce que je ne connais rien de ces sentiments, et j'en ai conclu que je t'aimais, parce que tu m'attires, que je te désire et qu'à la fois il me semble que nous sommes amis.
-Mais tu le sens en toi ? Le petit truc, la petite sensation qui fait la différence ?
-Je ne sais pas. Ca ressemble à quoi ? Son ingénuité l'attendrit, sa candeur, son innocence, elle était pure de l'âme. Ni tachée par les préjugés, ni ancrée dans des définitions de mot. Mais elle était perdue, et le fait qu'elle s'appuie entièrement sur lui pour comprendre le monde, le troublait. Parce qu'il faisait des erreurs, et savoir qu'elle pouvait se nourrir de ses erreurs lui faisait peur. Il paniqua, elle vit la lueur d'incertitude dans ses yeux.
-Je crois que je devrais m'éloigner de toi pendant quelques temps, j'apprendrai ailleurs ... Son sourire triste la trahissait. La sonnerie retentit. Il ne put réprimander son hypothèse, elle s'était déjà levée d'un pas décidé et approchée d'une bande de jeunes filles.
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La construction longue et laborieuse d'une relation n'aboutit pas lorsque l'une des personnes ne désire pas entièrement l'entretenir. Altha ne s'investissait plus, elle en restait à des relations superficielles. Mais peut être qu'elle n'avait pas envie de plus, elle ne voulait pas progresser autrement qu'avec lui. Elle avait trouvé le plus juste, celui qui lui semblait le plus réel. Avec lui, elle avait appris à réfléchir. Elle avait pris conscience de certaines choses qui apparemment étaient cruciales. Son apprentissage était long et laborieux, mais il avançait lorsqu'elle se nourrissait de quelqu'un qu'elle aimait.
Elle reniflait, légèrement enrhumée. La mélodie redondante de son activité agaçait Maria.
-Bon, tu veux pas te moucher ! C'est deg !Altha, étonnée par tant d'agressivité, lui rétorqua qu'elle n'avait pas de mouchoirs.
-Ba demande moi ! J'en ai !Le mépris, cette fille la méprisait. Elle ne supportait pas de subir une telle humiliation. Elle en eut les larmes aux yeux. Elle lui aurait craché dessus si le regard d'Honsei n'était pas posé sur elle. Elle n'osait ni se retourner vers lui pour vérifier ses espérances, ni lâcher son amertume sur sa voisine. Cette fille la jugeait ouvertement. Qu'on lui crache dessus, dans le dos, ça lui était égal, elle ne le voyait de toutes façons pas, mais l'humiliation, elle ne pouvait la supporter. Il était le seul à ne pas porter sur elle un jugement de valeur aussi futile, celui de la connaissance. Il était sensible à ses qualités. Il admirait même sa porosité et la douceur de son humanité. Altha se retourna vers Maria et déclara spontanément, d'un ton sec:
-Mais j'en ai rien à faire, c'est pas moi que ça gêne. Maria roula des yeux avant de tourner honteusement la tête. Le cours commença.
Son petit coude glissa sous son oreille attentive. Elle s'avachit sur son avant-bras et soupira de fatigue. Elle n'avait pas dormi cette nuit. Trop occupée, trop torturée par la dure réalité. Elle s'était éloignée de lui pour leur bien, mais elle en souffrait. Tout cela la dépassait, jamais elle n'avait ressentit ça, une confrontation à un sentiment qui nous dépasse. Elle connaissait le bonheur, elle connaissait la tristesse, mais l'amour, elle le découvrait. Elle ferma les yeux et s'endormit quelques minutes. Maria à côté d'elle lui tapota la coude pour la réveiller.
-T'endors pas ! On est interrogé sur ce cours demain ! Elle s'en fichait, dégoûtée du travail, elle se laissait doucement aller. La faiblesse de son ingénuité l'empêchait de se battre pour se relever. Elle restait dans sa mélancolie, débordante de larmes et profondément blessée.
Il la regardait sans trop savoir quoi faire. Il se persuadait d'aller lui parler à la fin de l'heure. Si il comprenait bien, ce qui la faisait souffrir c'était d'être loin de lui. Il n'avait même pas eu le temps de la rassurer sur ce point, elle l'avait percé à jour et avait interprété sa panique comme de la révulsion et du rejet. Il ne supportait pas de la voir comme ça. Elle lui manquait. Sa fraîcheur et sa candeur lui paraissait si évidente, qu'il souffrait à présent de ne plus l'avoir auprès de lui.
Le seul moyen de l'aider, c'était d'être avec elle. Seulement, comme elle le lui avait fait comprendre, elle ne connaissait pas l'amitié, il ne réussirait pas à lui apprendre à modérer ses émotions. C'était sa perfection à elle. Il ne pouvait pas non plus se forcer à l'aimer pour lui faire plaisir. Il fallait donc être avec elle, la laisser l'aimer et se taire. Il tressaillit à cette pensée. C'était lui mentir. Un mensonge par omission, un mensonge où il ne lui disait pas qu'il ne l'aimait pas, où il jouait le jeu. Mais en réalité au fond de lui, c'était le seul moyen de ne pas la détruire.
Elle s'était endormie. Il se leva, s'approcha de sa table. Il voyait son visage luisant, humecté par les larmes. Il ne put s'empêcher de lui caresser la joue. Son geste la réveilla. Elle se redressa, ne cherchant même pas à camoufler son visage triste, elle se leva et sortit. La talonnant, il glissa sa main dans la sienne. Elle se retourna, plutôt surprise par ce geste qui ne convenait pas à la situation. Il lui sourit tristement. Elle s'exclama:
-Tu ne peux pas être mon ami ! Pour moi ce mot ne veut rien dire ! On aime ou on aime pas !Son absolutisme le prit au dépourvu
-Mais alors je t'aime. Oui il l'aimait, mais d'amitié. Mais elle ne comprenait pas la nuance. Trop tard
Elle se colla à lui. Soulagée peut être. Ou bien émue. Il ne savait pas. Il sentit quelques larmes sur son t-shirt, il frotta affectueusement son dos et embrassa ses cheveux.
-Hé... Altha, on a cours. Elle se décolla de son torse, et cachant son visage involontairement, elle le tira vers la salle.
Il fallait bien qu'il se l'avoue, il se sentait coincé. A présent leur relation était concrète. Il était censé l'aimer comme elle l'entendait. Il se dit un instant, qu'il pouvait essayer de s'attacher à elle avec plus d'ardeur. Il ne ressentait aucun désir lorsqu'il était près d'elle. Il ne se sentait pas frémir lorsqu'elle frôlait sa main. La passion physique n'était pas. Juste l'attachement, l'amour de la personne. Sa fraîcheur éprouvante et sa personnalité touchante. Il posa sa main dans le creux de ses reins, il se testait. Il s'écoutait, il cherchait en lui le moindre frisson, mais l'indifférence le dépassait. Elle tourna la tête vers lui à cette touche. Elle lui sourit avec sincérité. Elle était vraiment jolie. Son sourire était éclatant. A peine quelques heure plus tôt, son visage avait été ravagé par la peine et à cet instant précis, il souriait délicieusement et portait l'amour.
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Ils marchaient lentement, se dirigeant vers le cinéma qui n'était plus qu'à quelques mètres.
-Dis moi, sans vouloir te vexer, où as-tu passer ta vie avant d'arriver ici ? Où as-tu appris la vie ?
-J'ai été adoptée ... cette année. Quand je suis arrivée si tu préfères. Avant je vivais au Japon, dans un orphelinat, je n'ai absolument rien fait là-bas, j'étais l'imbécile à qui on ne demandait rien. Mais ça ne m'a jamais fait aucun mal. J'étais aussi la seule européenne. Enfin, j'étais la seule typée européenne, les autres étaient tous typés asiatique.
-D'accord.
-Pour moi, cette période de ma vie est effaçable. Ils arrivèrent au guichet:
- 1 billet pour Contrôl s'il vous plaît.Les images avaient été belles, le thème profondément triste. Il fut touché par cet homme à l'esprit si torturé. L'amour est effrayant. Mais il ne pouvait s'imaginer fuir un quelconque amour. Il ne pouvait s'imaginer vivre sans lui. Et pourtant c'était ce qu'il faisait. Il vivait l'amour, sans le ressentir. Il jouait de ses actes, sans se les approprier. Il caressait le feu, il se brûlait les doigts à son contact. Car déjà, il regrettait de la toucher avec ces intentions. La tendresse, il l'avait toujours désirée, toujours acquise. Mais l'amour, c'était trop volatile qu'il avait l'impression que ça lui passait entre les doigts. Peut être n'était-il pas apte à le recevoir. Après tout, l'amour est-il un droit ? Sommes-nous tous capable de l'apprécier à sa juste valeur ? Il laissa là ces questions, ils arrivaient déjà chez elle.
Il oublia pendant ce merveilleux instant, qu'ils entretenaient une relation amoureuse. En effet, aucune touche, aucun contact n'était venu briser cette bulle de chaleur qui les unissait. Ils parlèrent du film, des images, de la musique. Elle disait s'être laissée traverser par les images, emportée par le son, elle avait été touchée par la jeune femme, plus que par cet homme affreux à la fois si pitoyable et si admirable. Ils discutèrent longuement, jusqu'à finalement s'endormir. Le lendemain ils iraient en cours ensemble.
Elle se colla fougueusement à lui. Il se sentait gêné. Comme dans l'obligation de se coller à son petit corps. Toujours cette impression de lui mentir. Il lui dirait, un jour. Il déposa ses mains dans le bas de son bassin. Sa présence avait quelque chose de rafraîchissant. Elle le nettoyait de tous ses maux, de toutes ses souffrances quotidiennes. Il embrassa son front avec gratitude. Elle lui sourit. Ses yeux pétillants s'étirèrent joyeusement en une expression si jolie et si douce qu'il ne résista pas et déposa avec délicatesse ses lèvres sur les siennes. Elle soupira, le baume au coeur, le bonheur aux tempes.
La sonnerie retentit. Elle se détacha de lui, il la pressa vers la classe affectueusement. Elle rit. Il se sentait tout de même bien. Peut être réussissait-elle à lui communiquer sa plénitude. Elle s'installa près de Maria. Posant ses affaires avec lourdeur sur la table. La brune s'exclaffa d'un rire clair et prévisible. Altha lui sourit et s'assit. Elle le vit s'asseoir quelques tables plus loin, seul. Il ne se plaignait pas de cette distance qui le rassurait. Pouvoir respirer, il avait peur qu'elle s'attache d'avantage à lui, bien que ce fut un peu tard pour penser ça. En effet, elle s'investissait pleinement dans leur relation, et ça fonctionnait. Seulement pour combien de temps encore ? Jusqu'à ce qu'il acquiert la force de lui dire. Mais elle repoussait le temps de la vérité en agissant comme ça.
Une fin de journée toujours plus attendue, une fatigue toujours plus lourde. Les voilà à nouveau ensemble, encore ensemble, toujours ensemble. Sur ce point, rien n'avait changé, ils étaient toujours bien ensemble. Sur ce lit un peu trop petit pour deux, un peu trop mou pour Honsei, un peu trop dur pour Altha, ils étaient lovés l'un contre l'autre. Mais pas assez au goût de la jeune femme. Elle s'allongea contre lui, soupira d'aise. Elle enroula ses doigts avec les siens. La peau d'Altha était douce et malgré l'absence de sentiment, sa présence lui plaisait énormément. Après tout, elle était sa divine amie. Elle chantonnait à voix basse et la chaleur de la disgracieuse mélodie lui embaumait le coeur. Il dégagea quelques mèches de son cou attrayant et y déposa un baiser délicat. Il la sentit frissonnante sous ses lèvres. Il avait une main déposée sur son ventre et il ressentit soudain la vibration de son coeur s'acheminer jusqu'à lui. Il prit conscience de l'effet qu'il lui faisait. Il se sentit mal et dépassé par ses propres actes. Il ne maîtrisait plus les conséquences ardentes et passionnées que ça produisait sur elle. Elle se retourna vers lui, le regard brûlant. Il lui caressait les épaules. Elle s'assit sur son bassin, le pressant habillement de sa forme arrondit. Il se sentait réagir. La nature n'avait pas besoin de l'amour pour se reproduire comme il n'avait pas eût besoin de sentiment pour partager ce plaisir flambant avec elle. Elle l'avait dévoré de caresses, s'adonnant toujours plus à l'amour terrible et destructeur.
Il glissa lentement de dessous les couvertures, quittant le cocon chaud. C'était terrible, il ne l'aimait pas. Il ne pouvait pas l'achever, il n'en avait pas le droit. Il avait pris la bonne décision, car son intention avait été noble et pleine de générosité. Mais elle n'avait pas conscience de la situation, elle était pleine d'amour et l'ambiguïté mais elle ne lui appartenait pas. Si il était avec elle, c'était qu'il l'aimait. Les mots étaient futiles, seuls les gestes comptaient. Elle s'enfonçait dans sa certitude avec toute l'ignorance du monde. Son ignorance la détruirait avec le temps.
Les vacances étaient enfin arrivés, et il songeait à s'éloigner de cet environnement aux aspects attrayants, mais qui au fond, l'étouffait.
-Et si on partait à la campagne ! Déclara t-elle en se tournant vers lui. Avait-elle lu dans ses pensées ? Son ingénuité lui offrait-elle ce dont ? Il ne lui en fallut pas plus pour s'activer et avancer le départ de plusieurs heures.
L'herbe humide, la brise légère et il respirait l'air pure. Il balança sa tête en arrière toujours en appui sur ses poignets. Elle avait un regard contemplatif, d'émerveillement. Elle poussait sans arrêt des petits cris de stupeur ce qui avait le don de l'exaspérer. Elle n'avait jamais vu la campagne mais elle troublait le paisible silence de la nature, la sérénité de la vie. Il roula des yeux et tourna la tête vers l'étendue de végétaux qui se trouvait à sa droite. La main d'Altha était toujours posée sous la sienne. Il sourit. Parce que même si sa naïveté, presque niaise, avait tendance à jouer de ses nerfs, sa présence le rassurait. Elle s'approcha de lui pour venir se loger dans ses bras où elle trouvait un réconfort irréversible. Elle ne se rendait pas compte à quel point elle avait besoin de ses câlins, de ses baisers. Elle trouvait qu'il ne l'embrassait pas assez. Elle avait sûrement raison. Ses cheveux élevés en un chignon décoiffés se retrouvaient dans la figure grimaçante d'Honsei. Il n'appréciait pas tant cette situation. Il aurait aimé qu'elle restât à côté de lui, parce qu'à présent il ne voyait plus l'horizon. Mais l'odeur enivrante de ses cheveux apaisa son agacement. Il y déposa de petits baisers consécutifs. Elle se laissa aller à la tendresse qu'il lui offrait. Cette tendresse au fond si rare, lorsqu'elle était spontanée.
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Il lançait nerveusement l'objet dans les airs, le faisant tourner sur lui-même. Il le laissait retomber mollement sur le matelas avant de recommencer son petit jeu. Il avait cette impulsion, ce désir instantané, peu réfléchi, mais qui fait parler le besoin. Le besoin d'en finir avec cette histoire trop tragique pour qu'elle puisse continuer. Il se sentait mal à l'idée de la laisser, mais il ne se sentait pas mieux à ne rien faire. Une pulsion de courage le traversa, ça sonnait déjà. Il voulait que ça soit rapide, trop rapide pour qu'il ne puisse pas penser à d'autres éventualités. Mais là, il était dépassé par les secondes qui s'écoulaient à vive allure. Puis le son de sa voix :
-Oui Altha ! S'exclama t-il, trop nerveux pour maîtriser quoi que ce soit.
-Non ... non je ne peux pas, écoute ... je veux revenir sur ma décision ... Lâcha t-il douloureusement. Il espérait si fort qu'elle ai compris ce qu'il voulait dire. Le sous-entendu s'accommodait avec sa façon d'être avec elle ces derniers temps. Et en effet, elle comprit. Elle pleurait déjà. Il raccrocha.
Elle composa hâtivement son numéro. Ses doigts tremblotants, le coeur battant. Les longues sonneries se suivaient, amplifiant sa quiétude. Les minutes s'évanouissaient autour d'elle mais sa panique n'en était que plus présente. Elle s'enflammait et il ne répondait pas. Elle tomba sur sa messagerie. Elle laissa un message désarticulé, sanglotant. Il ne comprendrait rien, elle pleurait juste. Elle se laissa tomber sur le matelas sans doute trop faible pour se relever, sans doute trop naïve, elle tombait de haut.
Les larmes brûlantes dévalaient son visage. Son ingénuité s'évaporait, sa candeur pourrissait pour se transformer en une amère morosité. Sa fraîcheur s'assombris et voilà comment son apprentissage s'aboutit. L'expérience détermine la personnalité. Sa candeur, la beauté de son innocence, tout ça n'était que perversion dans ce monde sans pardon. Le pervers du pervers n'est en réalité que pure ingénuité. Il n'avait pas voulu la brusquer. Il n'avait pas voulu la détruire. Lui s'était abandonné à la connaissance et à la richesse de la réflexion, il s'était trempé dans un univers pleins de maux. Mais il l'avait fait avec tout le désir du monde, le désir d'être bien et de le rester. Il avait apprit à réfléchir avec ce monde, embrumant son esprit à son tour. Il s'était induit de ce monde désillusionné. Il avait réfléchit comme un humain avec en face de lui, l'innocence. Parce qu'il avait échoué, qu'il n'avait pas réussi à la préserver de sa candeur, il avait donc tenté d'agir sans prendre de décision. Parce que la non-descision ne blesse pas un esprit salit par le savoir, mais ce n'était que pure violence pour un être au coeur d'ange. Et ce coeur d'ange détruit, il se mu en un banal état de souffrance où la conscience règne et où l'espoir manque.