-Tu te souviens pas ? C'est le passage où elle lui dit que tout va bien, alors que son homme est mort.
Les grands yeux bleus de la jeune femme parcourent ceux de son amie. Elle ne semble pas réagir.
-Bon, je vais te lire le passage.
Dit-elle avec entrain. Son regard passionné parcourt la page qu'elle s'apprête à lire. Et d'une voix entraînante et balancée, elle articule:
La jeune fille pleurait, ses mains tremblantes soudoyaient les vêtements de son ami pour venir se loger près de sa chaleur rassurante.
Il n'aimait pas à la voir comme ça, si vulnérable et désemparée.
-Que se passe t-il ?
Questionna t-il, d'une voix chaude.
Ses larmes inondèrent d'autant plus son visage de sucre. Dans un bagayement atrocement confus, elle parvint à murmurer:
-Ri ... Rien ... du ... tout.
Le mensonge écorchait sa gorge et battait dans ses tempes. Elle ne voulait pas être plainte, elle ne voulait plus attirer l'attention. Une simple consolation lui suffisait. Après tout, personne n'avait eu connaissance de l'existence de son homme. Elle se souvenait encore de l'odeur de sa peau, une senteur à la fois savonneuse et laiteuse s'imprimait dans ses pores, et il lui suffisait de presser son corps contre le sien, pour que l'effluent l'enivre et qu'il embaume ses sens.
La main caressante du jeune homme, continuait d'effleurer cet amas de désespoir. Il supportait mal qu'elle lui mente, mais il ne pouvait rien faire d'autre pour elle, que de lui apporter un soutient de tendresse. Il embrassa ses cheveux, elle s'accrocha à son pull, le serrant toujours plus contre elle. Il glissa l'une de ses mains dans sa chevelure, remuant le crin. Ses pouces exécutaient de légères rotations sur son cuir chevelu, il la détendait. Et en effet, ses pleurs s'estompèrent. Son visage, écumé par le chagrin, se détendit. Sa grimace laissa place à une expression à la fois froide mais souffert par la déception.
-Oui, maintenant je me souviens. Moi j'aime le passage où ils sont tous les deux allongés par terre.
-Lorsqu'ils observent le ciel ?
-Oui.
-Lis moi le passage s'il te plaît.
La jeune brune s'exécute, et ses yeux couleurs cendres dévorent déjà les lignes lorsque que ses lèvres murmurent les mots:
Le dos posé et emprunt par la forme arrondie de l'herbe, la poitrine haletante, elle respirait avec le plus de conscience possible. Elle aimait sentir l'air qui entrait, qui nettoyait ses poumons embrumés par l'amour puis qui sortait, emportant avec lui ses paroles emprisonnées, parce qu'elle ne lui avait encore jamais dit qu'elle l'aimait. Elle se sentait plus légère, soulagée. L'air chaud de l'été était à la fois assommant mais ô combien doux. Il lui semblait qu'elle était sous une cascade d'eau chaude où la lumière glissait sur elle, blanche et tiède, sur ses mains, qui enveloppait doucement ses épaules et son visage. Cette lumière semblait vouloir pénétrer dans son être car, toute fatigue s'était brusquement éloignée d'elle. Elle respirait, délivrée, en toute sérénité et avec une volupté neuve qu'elle savourait sur ses lèvres, comme un pur breuvage, l'air doux, purifié et enivrant qui portait en lui l'haleine fruitée des parfums et des saveurs d'été. La paresse s'immisçait lentement en elle, et son désir sensuel de s'unir à cet état s'emparait d'elle. Mais la main étonnamment fraîche de son homme, se posa alors sur son ventre, exerçant de tendres caresses, il aspirait avec lui cette indolence à la fois active, mais qui ne lui convenait pas en cet instant où son intimité frémissante s'agitait au creux de son bassin. Elle resta couchée et se laissa aimée, attentive à son amour doux et profond comme la mer qui vers elle montait comme vers sa falaise. Les hanches chavirantes du jeune homme, caressaient avec aisance les reins de l'Antiope. Fulminant à son amour et en quelques soupirs, le Jupiter s'épancha jusqu'à frôler les nuages
-C'est avant qu'il meurt, cette scène ?
-Non, enfin oui, mais c'est un souvenir qu'elle se remémore après sa mort. Le début de l'histoire commence avec son décès, à partir de là commence la déchéance de la jeune fille.
-Je ne me souviens pas d'avoir lu quoi que ce soit concernant de la débauche.
-Je n'ai pas dit débauche, j'ai dis déchéance.
Rétorqua la brune.
-Lis-moi un passage de déchéance alors, que je me souvienne.
A nouveau, la jeune fille aux cheveux obscurs posa le livre dans ses doigts couleur ambre:
Ni larme, ni plainte, juste une plaie luisante et suintante d'où s'écoulait sa peine. Elle s'allongea sur son lit, elle n'arrivait plus à penser, ni à rêver. Son imagination s'estompait ne laissant aucune trace d'inspiration. Elle sentait un creux au fond d'elle, qui l'attirait toujours plus vers le bas. Elle ne voulait pas descendre plus bas qu'elle ne l'était, mais elle n'avait pas non plus la volonté de se relever. Elle luttait donc simplement pour rester où elle était.
-Ce passage est suffisamment clair je crois.